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Des études récentes ont montré que, dans la schistosomiase, l’infection intervient moins au cours de la phase d’irrigation que pendant le contact avec l’eau polluée, surtout si l’eau courante et l’hygiène font défaut. La fourniture d’eau pure, l’hygiène, les soins de santé et l’éducation sanitaire réduisent de manière significative l’incidence de la schistosomiase, comme cela a été démontré en Egypte, affectée par la schistosomiase depuis le temps des pharaons. De même, des études conduites en Inde semblent montrer qu’il n’y aurait pas de corrélation directe entre l’indice annuel des larves d’anophèles et la présence ou l’absence de paludisme. Selon les recherches, des facteurs autres que la seule présence d’eau d’irrigation, par exemple un mauvais drainage, peuvent contribuer à la diffusion des maladies transmises par vecteur. Il faut encore approfondir la recherche pour arriver à mieux comprendre ces relations complexes entre agriculture, environnement et santé (Biswas, 1994).
ENCADRÉ 16
CONSÉQUENCES D’UNE EXPLOITATION NON VIABLE DE LA NAPPE PHRÉATIQUE
PAR PUITS ARTÉSIENS
Le succès de l’expansion de l’irrigation, ces dernières décennies, est dû en grande partie à l’exploitation des nappes phréatiques à l’aide de puits artésiens. Il s’agit de petites réalisations rapides et économiques, sans perte de terrain agricole ni destruction d’habitats, contrairement aux grands projets d’irrigation par gravité et retenues d’eau. Le nombre de ces puits s’est accru très rapidement. En Inde par exemple, il est passé de près de 90 000 en 1950 à plus de 12 millions en 1990. Toutefois, derrière ce succès, on passe sous silence le fait qu’un développement agricole fondé sur les nappes phréatiques n’est pas viable s’il utilise de l’eau «fossile» ou si les taux d’extraction dépassent les taux de renouvellement.
L’expansion rapide de l’irrigation par puits artésiens a amené des pressions extrêmes sur une ressource d’ordinaire statique car elle se renouvelle lentement. Le problème a été exacerbé par les pressions qui s’exercent généralement loin des sites d’extraction, surtout par la déforestation des bassins versants situés en altitude, le surpâturage ou d’autres formes de dégradation des terres, qui accélèrent le ruissellement des eaux de pluie et réduisent leur infiltration dans le sol. En conséquence, le niveau des nappes phréatiques baisse, ce qui cause de nombreux problèmes sur le plan écologique, économique et social. Dans beaucoup de régions côtières, la salinisation du sol devient problématique. Le surpompage accroît le montant des investissements et les coûts d’opération, car l’abaissement du niveau de l’eau exige des puits plus profonds et donc davantage de combustible pour la pomper. Dans certains cas, les agriculteurs pauvres, qui ne disposaient pas du capital nécessaire pour faire creuser davantage leur puits, ont dû se remettre à l’agriculture en sec. Dans d’autres cas, les ajustements nécessaires ont été trop tardifs et les terres ont été désertifiées.
Source: FAO, 1995d.
Le nomadisme et les systèmes agro-alimentaires des zones semi-arides
Les enclos agricoles et les jardins arborés forment un système agro-alimentaire viable dans les régions régulièrement arrosées par les pluies, mais certaines zones climatiques n’offrent quasiment aucune possibilité à l’agriculture pluviale. Les populations des zones peu arrosées par les pluies, au Sahara, au Sahel et dans les zones soudano-sahéliennes semi-arides, pratiquent des systèmes agro-alimentaires très différents de ceux des cultivateurs des zones humides et doivent affronter de nombreux problèmes très délicats pour leur bien-être nutritionnel (encadré 17).
Source: Rosenfield et Bower, 1978.
L’extension de l’agriculture aux zones marginales met en péril le système agro-alimentaire des éleveurs nomades. Sur ces sols fragiles, la fertilité des terres s’éteint rapidement après la destruction des pâturages saisonniers. L’érosion et la dégradation définitive de l’environnement s’ensuivent souvent.
Pour renforcer la viabilité des systèmes de production alimentaire tiraillés entre les
éleveurs nomades et les cultivateurs itinérants, il est parfois nécessaire de pratiquer plus systématiquement l’agroforesterie et le paillage des semis. Une végétation permanente peut réduire le risque d’érosion en assurant une couverture végétale, en aidant à conserver l’humidité sous les paillis, en augmentant le contenu organique du sol et en stimulant le recyclage des nutriments. La plantation en ligne des Acacia et des Leucaena, de la famille des Mimosacées, fournira de la paille et du foin et enrichira le sol grâce à leur propriété de fixateurs d’azote. D’ailleurs, un système agro-alimentaire qui intègre ces éléments, des cultures arbustives permanentes, des cultures annuelles et des petits animaux fait déjà partie de la tradition de certaines zones soudano-sahéliennes de l’Afrique occidentale. Un tel système offre plus de perspectives de stabilité écologique et de sécurité alimentaire que des systèmes moins diversifiés.
ENCADRÉ 17
LE SYSTÈME ALIMENTAIRE D’UNE FAMILLE D’ÉLEVEURS NOMADES DU MALI
SAHÉLIEN ET SES CONSÉQUENCES
SUR LA NUTRITION
Cette famille peule «noble» de six personnes vit dans des huttes rondes faites de troncs séchés, qui résistent bien à la pluie quand elles sont nouvellement construites. Elle possède 24 têtes de gros bétail et 10 chèvres, et cultive du mil pendant la saison des pluies.
Lors de la saison humide, les pasteurs campent autour d’étangs remplis d’eau de pluie. En novembre, lorsque les étangs s’assèchent, les jeunes hommes, associés en coopératives regroupant plusieurs foyers, partent avec le gros du troupeau à la recherche de meilleurs pâturages. Le reste de la famille garde les chèvres, les animaux les plus faibles et quelques vaches laitières, et campe alternativement à la lisière d’un village pendant les mois froids de la saison sèche (de novembre à février), achetant ou troquant de l’eau de citerne, et autour d’un puits pendant les mois chauds de cette même saison.
Les hommes assument la responsabilité du gros du troupeau et des principales opérations de la culture du mil. Les garçons s’occupent des chèvres et des veaux. Les femmes et les filles vont chercher le bois de feu et l’eau nécessaires aux usages domestiques; elles aident à la moisson, pilent le mil et préparent les repas.
L’apport énergétique alimentaire du foyer atteint son maximum en octobre, après la moisson, avec 14 700 kcal par jour (65 pour cent provenant du mil et 35 pour cent du lait). Si l’on considère que 9 105 kcal suffisent à couvrir l’ensemble des besoins des enfants et les besoins d’entretien des adultes, cela signifie que ces derniers disposent de 5 595 kcal pour travailler et reprendre du poids. Par contre, de décembre à juin, la consommation du foyer n’est que de 7 840 à 8 820 kcal par jour (9 à 20 pour cent provenant du lait), ce qui signifie que son bilan énergétique est déficitaire. A la saison des pluies, le régime est complété par des produits de cueillette. L’apport énergétique en juin/juillet est de 9 996 à 10 740 kcal par jour (43 à 50 pour cent provenant du mil, 8 à 12 pour cent du lait et 42 à 45 pour cent des produits de cueillette).
L’homme (1,72 m) et la femme (1,63 m) ont atteint leur poids maximal en novembre/ décembre, pesant respectivement 55,3 kg et de 49,6 kg. La période de nourriture abondante, avec relativement peu de travail, qui a suivi la récolte, leur a permis de prendre respectivement 2,3 et 0,7 kg de poids par rapport à juillet/août. Pendant la saison sèche, la diminution des rations alimentaires et l’allongement des distances à parcourir pour l’eau et la pâture ont entraîné des pertes de poids de 2,2 et 1,5 kg, respectivement, en mai/juin. Malgré de meilleures rations alimentaires pendant la saison des pluies, les efforts exigés par la culture du mil les ont empêchés de reprendre du poids jusqu’à la fin de la moisson.
L’évolution du poids des quatre enfants (âgés de 5 à 12 ans) entre juillet/août et novembre/ décembre a oscillé de + 0,6 à + 1,5 kg, contre - 0,7 à + 0,5 kg entre novembre/décembre et juillet/août. Malgré le ralentissement de leur croissance pendant la saison sèche, leur poids est rarement inférieur à 80 pour cent du poids normal pour leur taille. Les foyers qui disposent de suffisamment de lait ou de céréales à échanger pendant la saison sèche, peuvent se permettre de réduire leurs ventes de bétail et leur dépendance à l’égard du marché. Cependant, l’épuisement des réserves alimentaires pendant les mois chauds de la saison sèche oblige parfois à vendre à perte de jeunes animaux.
En 1982/83, les ventes de bétail ont représenté 93 pour cent des revenus en espèces des foyers, dont le revenu global se composait à 68 pour cent de céréales qu’ils troquaient et 5 pour cent de laitages qu’ils troquaient également. La moitié de leurs dépenses en espèces étaient consacrées à l’achat de céréales, et 55 pour cent de leurs échanges en nature à procurer des laitages.
La situation s’est récemment aggravée en raison de la détérioration des termes de l’échange due à la sécheresse. Un taureau reproducteur qui valait en 1982 l’équivalent de 1300 kg de mil ne valait plus que 520 kg un an plus tard, le prix du mil ayant doublé alors que le prix du bétail chutait.
De nombreux pasteurs réduits à vendre leurs troupeaux, se sont trouvés en situation de dépendance économique. Si la majorité d’entre eux ont désormais suffisamment reconstitué leur cheptel pour reprendre leur activité, ceux qui n’ont pas eu la même chance se trouvent dans une position difficile par rapport au marché.
Source: FAO, 1985b.
Au Botswana et au Swaziland, la loi confère aux savanes et aux herbages naturels le statut de pâturage communautaire pour le bétail, notamment pour les bovins, qui forment une composante essentielle des systèmes agro-alimentaires de ces pays. Ces terres de pâture sont une source de fourrage et de combustible, dont la nécessité devient aiguë pendant la froide saison hivernale. Un système sylvopastoral efficace, couplé avec une procédure contrôlée de rotation des troupeaux dans les pâtures, compléterait la pratique actuelle de manière fort intéressante.
La figure 17 montre quelles relations lient les uns aux autres certains éléments d’un système agro-alimentaire à dominante animale, typique du Swaziland. Naguère encore efficaces, ces systèmes se dégradent à présent, d’une part à cause des demandes croissantes d’une population en expansion et, d’autre part parce que le bétail est passé des mains d’éleveurs confirmés dans celles d’agriculteurs et d’épargnants sans véritable expérience de la gestion des troupeaux. La recherche et la vulgarisation ne contribuent guère à freiner cette tendance et persistent à sous-estimer l’efficacité des systèmes traditionnels, ainsi que la productivité potentielle des ressources naturelles. Il convient de souligner que l’on trouvera probablement de meilleures solutions dans un appui aux systèmes mixtes de transhumance et d’agriculture par un meilleur usage des engrais, des légumineuses fourragères et des cultures de rapport, bien plus que dans le creusement de puits, la multiplication des services vétérinaires et la protection farouche des herbages. Les circonstances socio-économiques sous-jacentes ne sont pas favorables à de telles solutions, en raison des relations parfois tendues entre éleveurs et cultivateurs.
Il faut aussi tenir compte du besoin croissant de techniques visant à fournir du fourrage économique aux exploitants des systèmes d’élevage sédentaire. Les sources principales de fourrage sont les résidus des récoltes et les herbes sauvages poussant autour des champs cultivés. Ces deux sources pourraient être mieux gérées, mais il faudrait alors ajouter des apports extérieurs pour augmenter la production. Bien que les céréales tirent leur importance du grain qui entre dans la consommation humaine, la paille ne manque pas d’intérêt, par sa contribution à la productivité de l’élevage. Il faut en tenir compte dans le développement de variétés végétales destinées aux systèmes agro-alimentaires couvrant à la fois l’agriculture et l’élevage; le programme de recherche génétique sur l’orge, au Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA), en est un bon exemple.
L’élevage et la production animale
En Afrique subsaharienne, l’élevage et ses produits dérivés contribuent pour environ 19 pour cent à la valeur de la production du secteur de l’agriculture, des forêts et des pêches. Cependant, cette mesure sous-estime l’importante contribution que l’élevage apporte souvent à la production végétale sous forme d’énergie de traction et de fumier. Dix pays sont responsables de 70 pour cent de la valeur de la production animale et cinq pays de la moitié de la production: Ethiopie, Kenya, Nigéria, Soudan et République-Unie de Tanzanie. Au tableau 16, figurent les effectifs de plusieurs espèces animales de l’Afrique subsaharienne en 1994.
Les produits animaux, surtout la viande et le lait, sont des produits d’élasticité
venu très élevée, ce qui signifie que leur consommation augmente avec le revenu et l’urbanisation. En moyenne, la viande et ses produits dérivés ne représentent pas plus de 3,2 pour cent de la disponibilité énergétique alimentaire (DEA) en Afrique subsaharienne. Cependant, dans certains pays, la contribution de la viande à la DEA est bien plus élevée. Peu consommé, le lait ne fournit que 2,5 pour cent de la DEA, sauf parmi les populations pastorales où ce produit peut fournir plus de la moitié de l’apport énergétique total de la ration (voir au chapitre 7 la section sur la composition des régimes alimentaires africains). L’intérêt des protéines animales est beaucoup plus grand que ne le suggère leur quantité dans les rations. En effet, la consommation de protéines animales, même en petite quantité, améliore la qualité protéique d’un régime alimentaire basé sur les céréales et l’utilisation de toute la ration protéique par l’organisme.
En Afrique subsaharienne, les animaux contribuent aussi indirectement à la nutrition humaine. Le bétail est la première source du revenu liquide utilisé par les éleveurs pour l’achat de céréales alimentaires. Dans les populations d’agriculteurs sédentaires, le bétail améliore la viabilité économique et la durabilité des systèmes agro-alimentaires. La présence du bétail diversifie les options de production et de gestion, augmente la production et le revenu de l’exploitation, procure de l’emploi toute l’année et sert de garantie dans les périodes incertaines. Le bétail constitue souvent la réserve majeure de capital des ménages d’agriculteurs sédentaires et d’éleveurs nomades.
Les disponibilités de poisson
En Afrique, la terre ferme est la principale source de vivres en ce qui concerne les végétaux et les produits de l’élevage, mais les rivières, les lacs et les eaux littorales jouent également leur rôle dans l’approvisionnement alimentaire du continent en fournissant du poisson. Ce dernier et les autres produits de la pêche fournissent en moyenne 3,8 pour cent des protéines alimentaires totales de l’Afrique subsaharienne. La figure 18 montre la superficie de certaines étendues d’eau de l’Afrique continentale. Le tableau 17 donne le bilan alimentaire du poisson et des autres produits de la pêche des pays africains pour la période triennale 1988-1990.
La pêche joue un rôle important dans la production d’aliments, la création de revenus et l’offre d’emplois. Selon le Centre international d’aménagement des ressources bioaquatiques (ICLARM), le nombre de pêcheurs à plein temps en Afrique subsaharienne s’élève à environ 1,5 million. En outre, on dénombre plusieurs millions de pêcheurs à temps partiel.
L’aquaculture diffère de la pêche exactement comme l’agriculture diffère de la chasse et de la cueillette. L’impact potentiel de l’aquaculture sur la sécurité alimentaire des ménages est résumé au tableau 18. D’autres informations sur le rôle que peut jouer l’aquaculture dans l’amélioration de la situation nutritionnelle des ménages sont données au chapitre 5.
Il serait encore possible d’augmenter de beaucoup les captures de poisson dans les eaux continentales africaines, mais les pêcheurs sont si nombreux en divers endroits que souvent il ne leur est plus possible de gagner décemment leur vie en pêchant. Dans ces communautés, la pauvreté devient une cause majeure de détresse nutritionnelle. Le problème de la pêche s’aggrave encore du fait des chalutiers étrangers qui viennent concurrencer l’industrie halieutique nationale dans certaines eaux territoriales, sans aucun bénéfice pour les communautés locales ni pour l’économie nationale, ou si peu.